L'an dernier, à un festival je me suis pris un coup de boule volontairement violent par un punk pour une sombre histoire de bouteille de vin et de chiens.
Quelques jours après, j'écrivais ça :
J'attends mon bus.
Enfin plutôt, mon cocard à la pomette, ma griffure en forme de mouche au coin de la bouche et moi attendons le bus. Et mon courroux, Coucou!
Mon doux visage a quelque peu perdu de sa volupté d'antan.
A cause d'une bouteille cassée. Et d'un punk qui m'a dit de baisser la tête, de baisser les yeux et de ramasser.
Evidemment je lui ai dit non en le fixant droit dans les yeux.
Sale habitude de planter son regard dans celui des gens.
Au moins, je lui ai pas dit "Plutôt crever". Sale habitude ça aussi.
Et je suis pas persuadée que foutre des coups de boule d'innocentes jeunes filles soit une très bonne habitude non plus.
Mais m'en c'est pas la mienne.
C'est l'histoire d'une fille qui avait un bleu sur la pomette.
Ca lui faisait mal quand elle souriait. Quand elle boudait aussi.
Hey Baybé, tu m'a volé mon sourire, tu m'as volé mes expression, tu m'as ruiné mon visage.
La fille elle s'en foutait au fond.
Elle avait pas été contente du tout sur le moment puis elle s'en était foutu.
Disons qu'elle se foutait du résultat.
Des bleus au visage, ça lui arrivait plus souvent que ça ne devrait arriver à une jeune fille bien sous tous rapports.
Mais ç'avait un ptit côté nihiliste.
Un ptit goût de "j'm'en balance de cette tache sur ma joue, évite juste de me faire rire parce que ça fait mal".
Mais sinon c'est intéressant.
Ca évolue, ça change de couleur, ça fait des regards bizarres dans la rue, des questions gênées de l'entourage.
C'est choquant, ça laisse une drôle d'impression aux gens, c'est en dehors de leur échelle de compréhension, c'est inaccessible pour eux, c'est parallèle.
Dans les films, pas dans la vie les bleus.
La fille ne se rappelait même pas qui lui avait fait ça.
De toute façon elle n'avait pas eu le temps de le voir.
Mais elle imaginait cette raclure sociale, ce sous-déchet d'avortement raté.
Un chien écrasé contre l'avant d'un TGV, une serpillière à chiottes publics, une statuettes en coquillages de la Côte d'Azur, une capote usagées soigneusement déposée sur le rebord d'une poubelle de rue.
Mais elle n'avait pas toujours été aussi indifférent du sort de cet intrépide bubun abcésieux.
Au début elle aurait vraiment voulu lui éclater la tête.
Et puis elle s'était dit que la vie réglait très bien le sort de ce genre d'éructation.
Elle n'aurait jamais pu lancer un plan de torture aussi intense et durable que celui que la vie avait prévu pour cette larve de moucheron noyée dans l'insecticide polluant et troueur d'ozone qui lui servait d'environnement.
Mieux vaut se faire taper dessus par une loque sans avenir destinée à finir noyée dans son vomi, les dents rongées par l'acide, une flaque de pisse entre les jambes et l'équivalent intellectuel d'une huître bouillie dans le crâne.
Elle ne pouvait faire mieux que la vie et c'était tant mieux.
Ca économisait pas mal de son temps et de son énergie.
Et puis il y avait ce bleu qui allait tous les intriguer;
Jamais elle n'avouerait qu'elle s'était pris un coup.
Le rôle de rebelle déchaînée qui n'hésite pas à se faire taper dessus pour une question de bouteille, de chiens, d'yeux baissés et de pseudos principes ne lui collait pas à la peau.
Elle n'était pas particulièrement mystérieuse.
Disons qu'elle taisait les trucs importants ou qui semblaient avoir un semblant d'importance à ses yeux, ou au contraire, qui étaient dénués de tout intérêt dans sa vision approximative de sa vie torsadée...
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