Vendredi 22 décembre 2006
Mon tabac est tellement en miettes que la braise de ma clope tombe continuellement.
Les feuilles à rouler que j'ai piquées mercredi soir sont tellement épaisses que je ferai mieux de rouler mes clopes avec les pages du Code Civil.
Et il me reste exactement 16,61€ sur mon compte.
Ya plus de quoi hésiter : c'est un complot capitalistico-maçonnique...























    Elle avait ouvert le lave-vaisselle pour prendre une cuillère et la buée s'était collée à ses lunettes.Puis elle avait trempé la cuillère dans le pot de miel, l'avait tournée pour que les filaments sirupeux s'y enroulent plutôt que de couler sur la table et l'avait plongée dans la tasse vide. Elle y avait ensuite déposé le sachet de tisane afin qu'il s'y agglutine et ne remonte pas à la surface quand elle verserait l'eau bouillante.
   
    En faisant cela elle avait mis des mots sur chacun de ses gestes. Elle les avait consignés comme l'intrigue d'une histoire en se disant qu'un lecteur se retrouverait dans ses manies anodines.

    Elle s'était assise à sa terrasse et avait allumé sa cigarette en réfléchissant à la bande son qu'elle souhaitait pour le film de sa vie. Quelque chose d'enjoué type 60's sûrement.

    Puis elle avait lancé le sachet de tisane désormais infusée par dessus le balcon. Elle s'était étonnée du laps de temps écouté avant le "ploc" mou annonçant sa prise de contact avec le sol. Comme toujours. Puis s'était inquiétée des claquements de portières et des voix  dans la rue, essayant de deviner les intonations outrées du conducteur qui avait reçu le sachet sur son pare-brise. Mais pas d'éclat de voix.

    Elle était à l'abri en haut de sa tour. Et elle repensait aux Choses de Perec, à la boîte remplie de cigarettes qui accompagnaient les petits déjeuners idylliques du couple bienheureux. Elle se demandait à présent si elle aussi fondait sa vie, ses rêves et ses attentes sur des objets, des choses, des riens. Si ses rêves n'étaient en fait que des réminiscences de scènes romantiques dans des films à Oscars, à la différence qu'elle en était l'héroïne et que, pour elle, cela serait un jour la réalité.

    Puis elle se rassurait en se disant que le fait de se s'interroger sur son hypothétique superficialité la rendait moins superficielle que le commun des mortels.

    Elle avait rallumé une cigarette, sursauté d'un craquement de plancher et s'était replongée dans ses tergiversations.

    Elle se disait qu'elle rêvait moins d'un amour que d'un complice. Un complice de ces absurdités quotidiennes qyu deviendraient alors des aventures à tenir en haleine des générations de cinéphiles. Mais elle rêvait aussi de "je t'aime" sur un oreiller, puis de nuits mémorables, le genre de nuits qu'on ne raconte pas à ses copines mais qui laisse des traces irisées sur un visage épanoui.
   
    Et ses copines seraient jalouses de ce bonheur qu'on ne leur livrerait pas, qu'on les empêcherait de disséquer comme toutes les histoires banales que les copines dissèquent et éventrent pendant des heures, dont elles clouent les pattes en croix avant d'enfoncer la canule et d'en déchirer l'enveloppe de leurs langues acérées.

    Mais pour l'instant, tout ce qu'elle avait n'était que sujet à dissection. Pas de Grand Amour. Juste des regards furtis, des conversations gênées qui se terminent pas des "Bon il faut que je file" et des heures passées au téléphone "Tu crois que je lui plaîs?"

Par Pixies Girl - Publié dans : driftaway
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